PETER ET STEVEN, REPORTERS DE CHOC, AU FESTIVAL LUMIERE


(Crédit Photo : Affiche du Festival Lumière. Photo DR)

Lorsque Lyon décalé n’a plus personne, lorsque tout semble désespéré, il reste Peter et Steven.

Deux grandes invitations cartonnées, le visage de Ken Loach. C’est le privilège de la presse. Nous voilà invités à la villa lumière, pour une soirée très privée, manifestement. Tous les professionnels du festival seront présents. Nous allons donc croiser acteurs, réalisateurs, critiques, etc… Ô joie !

Avec Steven, nous sommes sur notre trente et un, c’est la première fois que nous allons couvrir un évènement peoplo-culturel, ou culturo-people, d’après Steven. On va parler cinéma, j’ai donc enfilé mon T-shirt « Planet Hollywood », pour passer inaperçu. Steven porte un T-shirt Che Guevara mais m’assure que sous un certain angle, on dirait Stanley Kubrick. Je ne suis pas sûr qu’il sache vraiment qui est Stanley Kubrick mais il m’affirme avoir vu « L’odyssée de l’espèce sur France 2 ».

18h35
Steven convient que c’est « plutôt chouette » mais regrette l’absence de gargouilles. Le reportage piétine déjà.

18h40
Dans l’espace presse, nous nous présentons à un jeune homme assis derrière un bureau.

  • Peter et Steven, reporters pour le site « Lyon décalé »
  • Lyon quoi ?
  • Lyon décalé, le site de l’actualité lyonnaise décalée.
  • Connais pas… Je ne vois rien à ce nom.
  • Rien à Peter ? Rien à Steven ?
  • Non, désolé.

Je garde mon calme et dégaine l’invitation pour deux personnes sur papier carton glacé avec Ken Loach dessus et la présente au jeune homme. Même réaction perplexe de ce dernier qu’à l’écoute de nos noms. Steven me souffle qu’on s’est fait avoir, que c’était trop beau. Je montre la date et l’heure, souligne la présence de Gérard Collomb et Thierry Frémaux, le président du festival. Face à l’évidence, le responsable presse avoue ne rien savoir de cette réception mais nous indique l’emplacement du village du festival où elle est censée avoir lieu.

18h45
Notre invitation en main, nous nous dirigeons vers le village, composé en fait de grandes tentes. D’un côté un grand salon avec des canapés, de l’autre une salle de réception et au centre l’accueil, où nous nous rendons.

  • Peter et Steven, de Lyon décalé. On est invité, on a confirmé par téléphone.
  • D’accord, le buffet est de ce côté.
  • Merci. Est-ce qu’il y a un programme, qu’est ce qui est prévu ?
  • Rien. Juste un buffet.
  • Ah !

Le reportage n’avance pas et Steven marche de ¾.

18h50

  • Mais enfin pourquoi tu marches de ¾ ?
  • A cause de Kubrick !

19h00
Il y a la queue au buffet mais pas de trace de Thierry Frémaux, encore moins de Gérard Collomb. Les gens discutent autour d’un verre, aucune tête connue. Afin de s’intégrer plus facilement, Steven et moi décidons de prendre un verre également. Dans un but purement professionnel. Nous entamons une phase d’observation.

19h20
La phase d’observation n’est pas concluante. Le reportage est au point mort. Steven tente de déchiffrer les badges des convives mais avec sa démarche de ¾ et son air concentré, il a tendance à effrayer les gens. Afin de rester dans l’ambiance de la soirée, nous décidons de reprendre un verre.

19h30
Nous cherchons un angle décalé pour notre reportage. Jusqu’à présent, la personne la plus décalé de la soirée reste Steven. Le reportage patauge dans la semoule. J’aurais bien aimé avoir un badge, ça fait plus pro quand même. Ah, mon verre est vide.

19h45
Enfin, ça y est, j’ai trouvé. Après 15 minutes de recherches acharnées, j’ai repéré la table des petits fours. Trop tard, un homme d’une trentaine d’année attrape la dernière mini-quiche juste devant moi. Il a un badge en plus. J’en profite pour l’aborder. Il s’appelle Simon, est bénévole pour le festival. Je demande à tout hasard :

  • Est-ce que vous avez une anecdote décalée sur le festival ?
  • Euh… Non.

Super. Steven a également croisé des bénévoles, sans plus de succès. Le reportage peine à démarrer.

19h50
La frustration guette. Pour ne pas y céder, nous reprenons un verre.

20h00
Toujours pas de célébrités. Steven a repéré deux jolies filles. Conscience professionnelle oblige, nous allons les interroger devant un verre. Julie et Anna ne font pas partie de l’organisation du festival, elles sont étudiantes en communication à Lyon. Elles ne sont donc pas célèbres, pas encore en tout cas. En fait, elles sont venues voir la Master Class de Sandrine Bonnaire, qui s’est terminée juste avant notre arrivée. Evidemment, la star s’est enfuie aussitôt. Le reportage ne s’en porte pas mieux. Déçus mais pas abattus, nous offrons une tournée à nos nouvelles amies. En même temps c’est gratuit.

20h15
Alors que nous commencions à noyer notre désespoir dans un nouveau verre. Voilà que j’aperçois Vincent Lindon au bout de la pièce. La soirée est sauvée, ainsi que le reportage. Je hèle Steven :

  • Steven. Là-bas, Vincent Lindon !
  • Wouah, carrément, Stanley Kubrick a fait un documentaire sur la vie de ce type.
  • Quoi ? Mais pas du tout, tu confonds avec Barry Lindon.
  • Ils sont de la même famille ? Tu crois qu’il va reconnaître mon T-shirt ?

Ignorant les questions stupides de Steven, je me dirige d’un pas assuré vers l’acteur français. Arrivé à quelques mètres, je dois me rendre à l’évidence, c’est juste un gars qui louche et qui ressemble vaguement à Vincent Lindon. Nouvelle déception. Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, je lui offre un verre. Il s’appelle Jean-Jacques et fait partie de l’organisation du festival. Selon lui, tout se passe très bien, les gens sont ravis et la programmation fournie. C’est désespérant. J’éloigne Steven dont les clins d’œil appuyé à Jean-Jacques commencent à être gênants. Le reportage reste en suspens.

20h30
C’est à croire qu’il ne s’est rien passé durant ce festival d’un tant soit peu décalé. Ou bien nous le cache-t-on. Ce n’est pas impossible, Steven pense que les journalistes reporters engagés sont mal vus dans le show-biz. Alors que je me ressers un verre de blanc, un homme prénommé Loïc me conseille d’essayer le rouge, très bon d’après lui. J’en profite pour l’interroger. Il organise un festival de courts-métrages d’animation dans le sud de l’Espagne mais est originaire de la région. Quant à ce qu’il vient faire ici, rien de spécial, il est allé voir le film inédit de Gyorgy Palfi fabriqué à base d’images tirés de vieux films Hollywoodiens. Le reportage part à vau l’eau.

Steven a parlé de Max Ophuls avec une dame mais apparemment elle n’a pas apprécié qu’il compare le réalisateur aux frères Wachowski, enfin au frère et à la sœur puisque l’un d’eux a changé de sexe. Peut-être qu’il n’aurait pas dû faire une blague graveleuse sur ce sujet.

20h45
C’est vrai que le rouge n’est pas mal du tout. Steven est d’accord avec moi, même s’il vient de renverser son verre sur l’animateur de Lyon première, qui s’appelle Bouchon. « C’est raté pour l’interview du Bouchon lyonnais », annonce Steven. Il a un fou rire. Moi aussi. Les agents de sécurité commencent à nous regarder bizarrement.

21h00
Je viens d’ingurgiter le dernier verre disponible de la soirée. Steven n’est pas très en forme, il a cru voir Mickey Rourke au détour d’une table mais en fait c’était Florent Pagny, enfin peut être. Je lui dis que l’on a pas avancé le reportage, il répond « quel reportage ? ». Quelques minutes plus tard, il agresse un homme âgé, apparemment un touriste anglais, distingué, cheveux blancs, pour lui subtiliser son verre de rouge. Finalement, nous décidons de partir, avec l’aide de l’aimable personnel de sécurité. Le lendemain, j’ai revu le touriste anglais, en photo sur l’invitation cartonnée. Damned ! Le reportage est passé à ça…


Peter et Steven

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